INTRO DE JUIN

23 mai 2012 par Le Cercle

Après avoir mis le mois d’avril sous le signe de la posture subversive que porte l’enfance, il nous semblait dans l’ordre de notre position de prĂ©senter sa contribution artistique dans notre lieu.  Affirmer la prĂ©sence rĂ©elle de l’enfant en exposant son Ĺ“uvre plastique est un premier geste qui met en Ă©chec nos reprĂ©sentations de l’enfance. S’acheminer vers sa vision exige d’une part de s’adresser Ă  lui autrement que comme un petit adulte «consommateur en devenir», mais aussi d’arrĂŞter de le considĂ©rer comme un ĂŞtre « infĂ©rieur et irresponsable» incapable de se questionner sur les grands enjeux de l’existence humaine et sur le monde dans lequel il prend place.

L’expo photo de l’AMIE, Les enfants du monde, prĂ©sentĂ©e sur la Mezzanine du 13 juin au 3 juillet nous montre un des visages bien connu de la coopĂ©ration avec l’enfance. Appuyer des projets qui agissent sur les besoins les plus Ă©lĂ©mentaires des populations vulnĂ©rables comme le fait cette OBNL de QuĂ©bec est certes nĂ©cessaire, mais d’autres terrains sont Ă  explorer.

Il faut savoir donner voix Ă  l’Ă©nigme de l’enfance qui est actuellement sans parole, alors qu’elle est Ă  fortiori l’expĂ©rience de la facultĂ© mĂŞme de parler ou de la puissance de la parole elle-mĂŞme comme mĂ©moire de l’humanitĂ©. Habiter avec l’enfance et la jeunesse, c’est donc aussi savoir penser avec son aptitude Ă  faire corps avec le monde, sa matière et son temps, dans le but de le refaire sans cesse, quitte Ă  le renverser pour se faire entendre…  Autrement dit, respecter les droits des enfants c’est aussi accepter de faire retour vers les forces actives qui les traversent et les interrogent. Celles qui nous ont marquĂ©es avant lui mais que nous avons si souvent choisi de laisser mourir dans le cadre instituĂ© que constitue le lien social.

C’est donc dans la mouvance de cette rĂ©flexion que l’exposition Masques : passage Ă  risque se propose de faire dialoguer des masques rĂ©alisĂ©s par un collectif d’enfants dans le cadre de leur spectacle de fin d’annĂ©e mettant en scène la lĂ©gende d’origine huronne-wendat Aataensic, avec ceux de la compagnie Aataensic Masques et Théâtre dirigĂ©e par la crĂ©atrice amĂ©rindienne Sylvie-Anne Sioui-Trudelle.

Le masque tel l’enfant a le pouvoir de faire apparaĂ®tre Ă  l’improviste le spectre de ce qu’on prĂ©fère oublier. Ce qui nous regarde par sa mĂ©diation fait craquer les limites de notre conscience bien pensante, parle d’un savoir humain qui fait retour.

Comme le suggère Que viva Mexico! du cinĂ©aste Serguei Eisenstein qui tournera sur nos Ă©crans dans les semaines Ă  venir, le masque fait office de seuil. LĂ  oĂą se condense et se cristallise d’un coup en une figure tout Ă  la fois labile et exigeante, muette et sĂ©duisante, le spectre de ce passage sacrĂ© oĂą l’on bascule de la mort Ă  la vie…oĂą l’on reprend vie dans un rĂ©veil brutal.

Nous croyons que ce savoir que porte l’enfant, Ă  l’image des masques des premières nations ou de ceux des mayas, doit disposer d’une surface d’accueil, c’est-Ă -dire de ressources et de conditions d’existence suffisantes pour Ă©tayer cette ex-pĂ©rience fondamentale de la naissance…de la crĂ©ation.  En juin au Cercle on partage une renaissance!


publié dans LE CERCLE |


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